Contre les restrictions à l’analyse des décisions de justice (projet de loi n°8721)

Nous nous opposons à l’introduction au Luxembourg d’une disposition prévoyant des sanctions pénales pour l’utilisation des données issues des décisions de justice à des fins d’analyse, de comparaison ou d’évaluation des pratiques des magistrats.

La formulation proposée dans le projet de loi n°8721 instaure une interdiction large du « profilage » des magistrats, y compris via des outils automatisés. Elle risque d’englober non seulement des abus, mais aussi des activités légitimes et d’intérêt public.


📖 Texte de la disposition proposée

Article 141-1

Est puni d’un emprisonnement d’un mois à deux ans et d’une amende de 251 euros à 45 000 euros, celui qui aura réutilisé, directement ou indirectement, les données à caractère personnel des magistrats et des membres du greffe contenues dans les décisions de justice en vue de leur profilage, dans le but de procéder, de manière automatisée, à l’évaluation, l’analyse, la comparaison ou la prédiction de leurs pratiques professionnelles réelles ou supposées.

Lorsque le délit est commis par une personne morale, la peine encourue est une amende de 1 250 euros à 2 500 000 euros.


⚖️ Quel est le problème

Les décisions de justice sont des informations publiques. Leur analyse est essentielle pour :

  • le journalisme d’investigation
  • la recherche juridique et académique
  • le suivi des pratiques judiciaires
  • la transparence et la confiance dans la justice

Cependant, la disposition proposée pourrait interdire :

  • l’analyse des décisions à l’aide d’outils numériques
  • la création de bases de données juridiques
  • la comparaison des décisions judiciaires
  • l’identification de problèmes systémiques

🚨 Risques pour la liberté d’expression

Cette disposition crée un risque sérieux pour :

  • la liberté d’expression
  • le droit à l’information
  • la liberté de la presse

Elle pourrait affecter journalistes, chercheurs, juristes, développeurs et la société civile.

Elle introduit également un effet dissuasif (« chilling effect »).


🇪🇺 Incompatibilité avec le droit européen

La jurisprudence européenne protège :

  • l’utilisation d’informations d’intérêt public
  • l’analyse de données publiques
  • la liberté de la presse et de recherche

Le droit de l’Union impose un équilibre entre protection des données et liberté d’information.

Dans sa forme actuelle, le projet de loi n°8721 ne respecte pas cet équilibre.


✅ Notre position

Nous considérons que :

  • la lutte contre les abus est légitime
  • mais une interdiction générale est inacceptable
  • il faut distinguer clairement entre abus et usages légitimes

📢 Notre demande

Nous appelons à :

  • revoir la disposition
  • exclure explicitement les usages journalistiques et scientifiques
  • limiter l’interdiction aux abus avérés